Edouard Henry-Baudot   Artiste peintre

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Vente à Drouot

09/11/2012

TABLEAUX MODERNES - ART DECO & ART NOUVEAU

VENDREDI 14 DÉCEMBRE 2012, 14H00
Drouot Richelieu - Salle 14
THIERRY DE MAIGRET
VENTE NON COMMENCÉE
Vente en préparation, inscriptions non commencées

Vente Tajan

02/10/2012

Vente TAJAN

Vente aux enchères du mardi 2 octobre 2012 : Arts décoratifs du XX° siècle et design

Art nouveau - Art déco

Lot 239 : Edouard Henry-Baudot - "les animaux sauvages"

estimation 1000 à 1500€

Biographie d'Edouard Louis Henry-Baudot rédigée par Romane Petroff et Louis Rançon

01/09/2012

Biographie établie par Thierry De Maigret et Louis Rançon

 

 

 

Edouard - Louis HENRY-BAUDOT (1871-1953)

 

Edouard-Louis Henry est né à Nancy en 1871 de Charles-Jean-Baptiste Henry et de Marie-Charlotte Baudot. On voit par là que cet artiste connu ultérieurement sous les deux patronymes accolés d'Henry et de Baudot se nommait en réalité - selon les règles d' état-civil en vigueur à cette époque - du seul nom d'Henry.

 

Bien que nous n'ayons aucun renseignement précis sur les premières années du peintre, il est clair que le jeune garçon, qui ne compte aucun ascendant lié au monde de l'art, fut marqué peu ou prou par l'effervescence créatrice qui caractérisait la capitale de la Lorraine avant 1914. On peut supposer que parmi ses professeurs d'art plastique au collège se trouvèrent des hommes en mesure d'éveiller chez ce fils unique et choyé le goût pour la peinture et le dessin. N'oublions pas non plus que depuis 1871, conséquence de l'annexion de la région par l'empire allemand, la ville de Stanislas Leczinsky (Un des aïeuls du peintre, Paul Bassigny (1718-1791) fut le directeur des domaines du roi de Pologne et duc de Lorraine.), demeurée française, affirmait hautement son identité sous le double signe du patriotisme - voire d'un nationalisme sourcilleux - et de l'élaboration d'un art original, à la faveur d'une heureuse rencontre entre des peintres, des décorateurs, des ébénistes, des verriers, des ornemanistes et des industriels qui donneront toutes leurs lettres de noblesse à l'école de Nancy.

 

Devenu orphelin de père à l'âge de douze ans, Edouard-Louis demeura avec sa mère dans l'appartement familial du 7, rue Jeanne d'Arc à Nancy. Il poursuivra une scolarité sur laquelle nous ne savons rien, hormis le fait qu'à l'âge de 19 ans, le jeune homme se sentira suffisamment certain de sa vocation pour obtenir de sa génitrice le droit de s'inscrire à l'Académie Julian dans le but d'y parfaire sa formation picturale. Il semble qu'il ait cultivé son don depuis le sortir de l'enfance puisque nous possédons de lui les portraits à l'huile de son grand-père paternel Jules (1808-1896) et de son père Charles (1834-1883), encore que rien n'indique que ces portraits eussent été exécutés d'après nature ou bien un cliché photographique, ce qui rend leur datation incertaine. A Paris, Edouard-­Louis s'installera avec sa mère, d'abord au 9, rue Brochard de Charon, puis en 1893,4, bis rue Gustave Doré.

 

L'Académie Julian:

 

L'impétrant fit son entrée à l'Académie Julian en 1890, la même année qu'un autre nancéen qui jouera ultérieurement un rôle déterminant dans son parcours, Henri Guinier ( Henri Guinier (1867-1927) : après son passage à l'Académie Julian, il rentre aux Beaux-Arts en 1887, obtient le deuxième Prix de Rome et poursuit une brillante carrière de portraitiste. Legout-Gérard lui fera découvrir la Bretagne où il achètera une villa. Il s'occupera dès lors des peintres de Concarneau et illustrera la Bretagne.), de cinq ans son ainé et dont le cursus est fort différent, puisque ce dernier sortait tout juste de l'école des Arts et Métiers de Châlons-sur-Saône avec le titre d'ingénieur. Il semble qu'une amitié soit rapidement née entre les deux lorrains, tout aussi patriotes ( Guinier se portera volontaire lors de la Grande Guerre et travaillera au service du camouflage.) qu'acharnés au travail.

L'Académie Julian dont la réputation de sérieux lui vaut d'être une des institutions permettant de concourir au Prix de Rome entend former des professionnels accomplis, même si tous, ce qui fut le cas d'Edouard-­Louis Henry-Baudot, ne sont pas autorisés à monter en loge. Tout laisse à penser cependant, fors les inévitables canulars et habituelles excentricités des rapins, qu'Henry-Baudot se soit montré un étudiant appliqué. Ses professeurs furent: Jules Lefebvre et Tony Robert-Fleury.

 

D'après ses petits-enfants, notre peintre, pendant ses années de formation, aurait manifesté un caractère plutôt solitaire, avec une nette tendance à se tenir à l'écart des autres, sans doute dans le but de se consacrer pleinement à son apprentissage. Paradoxalement, lors des cours à l'académie, il se lia avec un peintre japonais venu étudier en occident, Takeshiro Kanokogi  (Takeshiro Kanokogi (1874-1941): le meilleur représentant des peintres japonais cherchant à assimiler l'art occidental séjourna à trois reprises en    France: 1900-1904, 1906-1908, 1915-1918. Il fut sélectionné pour exposer aux artistes français en 1908.) avec lequel il entretint des liens très proches, poursuivis lors des trois visites du nippon en France avant 1918. Bien que Kanokogi ait d'abord été formé à la peinture d'histoire par Jean-Paul Laurens, il se révéla un excellent paysagiste et exerça incontestablement une influence sur Henry-Baudot auquel il offrit plusieurs de ses œuvres. On retrouvera plus tard certains principes du japonisme dans les travaux d'Henry-Baudot lors de ses séjours en Bretagne après la guerre.

Mais dans l'immédiat notre étudiant se doit d'aborder le sujet par excellence de toute formation académique: le nu. Ses études, travaillées selon les méthodes de « L'Atlas de l'anatomie des formes du corps humain à l'usage des peintres et des sculpteurs» du docteur Fau ( Ouvrage que le peintre possédait et dont il s'est beaucoup servi.), ainsi que les travaux très aboutis sur la plastique des animaux qu'il fit en se rendant à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort, démontrent clairement qu'Edouard-Louis Henry- Baudot a acquis à l'Académie Julian les bases d'un métier solide comme on le concevait à l'époque. Toutefois le caractère très routinier de l'enseignement dispensé, son conservatisme excessif ne laissera pas que des bons souvenirs à notre peintre, obligé de se plier à une discipline qu'il réprouve. Bien des années plus tard, lorsqu'il rédigera un essai demeuré inachevé, « Essai critique sur la genèse de l'œuvre d'art », il ne se privera de revenir sur ce que furent ses années de jeunesse:

« Avec l'éducation d'art telle qu'elle est pratiquée actuellement; alors que le jeune néophyte, pour apprendre le métier qu'il ambitionne de connaître, en est réduit à s'enrégimenter dans des écoles vétustes où on lui enseignera, à tout l'an, certaines recettes connues, une cuisine peu compliquée mais à résultats calculés, sans le moindre souci d'épargner la fleur délicate de sa sensibilité dont le fruit pourrait être cette originalité qui est la qualité la plus précieuse; à quel but espère-t-on aboutir? Quand, après plusieurs années d'études dans ces écoles, ce jeune artiste - et je le suppose vraiment sensible et intelligent des choses d'art - va se retrouver en face de hautes difficultés à vaincre pour approcher du but qu'il espère atteindre, il s'apercevra du néant et de l'inutilité de ce fatras qu'il aura eu tant de peine à apprendre; favorisé encore par la destinée s'il lui reste assez de clarté d'esprit pour s'en rendre compte exactement. Cet enseignement de formules et de clichés tout faits, cadres étroits dans lesquels, vaille que vaille, il faut se loger, voilà ce qui aura fait le plus de mal à l'Art français depuis les débuts du 19ème siècle. Avec ces méthodes, on fait des ouvriers d'art peut-être, des artistes véritables, non. Voyez dans les arts plastiques, de préférence, cette production innombrable d'œuvres médiocres, non point mauvaises, mais ayant toutes entre elles une étrange ressemblance, autant de par l'exécution que par la conception. Fruits stériles de ces recettes qu'on leur a enseignées, ces peintres, ces sculpteurs croient sincèrement avoir fait œuvre d'art personnelle alors qu'ils ne sont plus capables de distinguer quelles sont les qualités essentielles qui manquent à leurs œuvres, pour être rangées dans cette catégorie. Aveuglement incurable presque toujours, car la puissance personnelle qu'ils auraient pu développer et laisser grandir alors qu'elle n'était qu'embryonnaire à l'école, y a précisément avorté, comprimée, déformée, atrophiée et enfin à jamais mutilée par ces mondes absurdes où on a voulu la contenir sous prétexte de l'aider à s'affranchir... Longue et lamentable liste d'artistes qui auraient pu, qui auraient dû faire mieux, et que la déformation précoce a condamnés, à leur insu, à une médiocrité, à une obscurité imméritées quand ils étaient désignés pour les plus hautes réalisations... "

 

De sa défiance à l'encontre caractère castrateur de l'enseignement dispensé nous en trouvons une autre preuve, non pas écrite cette fois, mais dessinée dans une caricature d'Edouard-Louis Henry-Baudot datant de 1910, intitulée « Le loup et l'agneau ». L'ovin s'y trouve figuré sous les traits d'un peintre débutant et le loup sous ceux d'un étrange personnage menaçant l'artiste en herbe d'être obligé de retourner faire ses classes chez Julian! Ce qui en dit long, d'une part sur le caractère exigeant des cours dispensés à l'Académie et de l'autre sur la crainte qu'il inspire à Edouard-Louis Henry-Baudot de devoir à nouveau repasser sous les fourches caudines de cet enseignement. Nous ne savons pas à quelle date exacte notre peintre acheva sa formation, mais compte tenu de sa biographie familiale, il est loisible de supposer que l'apprentissage fut mené à terme entre 1893 et 1895.

 

Les étés à Bayon:

 

Depuis de longues années les ascendants du peintre - du côté maternel - possédaient des biens sur la commune de Bayon, en Meurthe-et-Moselle, notamment une maison d'habitation et des terres cultivées pour la qualité de leurs vignes, fournissant certain vin blanc qu'on boit d'un cœur plus gaulois à l'ouest du Rhin que de l'autre. C'est là que résidait à l'année le grand-père paternel du peintre, Jules Baudot. Edouard-Louis, très attaché à sa famille comme à son terroir d'origine viendra passer à Bayon toutes ses vacances d'été en compagnie de sa mère. C'est au contact de sa chère campagne lorraine que le peintre nouera un contact privilégié avec la Nature qui occupera une place prépondérante dans son œuvre. Les arbres, les fleurs, les animaux, les chevaux, les bovins auront une large part dans son inspiration et c'est au caractère bucolique de son enfance qu'il le devra, incontestablement. On trouve presque un autoportrait de ce que furent les années de jeunesse d'Edouard-Louis Henry-Baudot lorsqu'on lit sous sa plume les mots suivants:

 

« Le jeune homme est attiré par certains rythmes de la Nature, qui le troublent, mais qu'il ne saurait discerner clairement, et qui agitent de vibrations nouvelles sa sensibilité encore endormie. Son esprit se berce de sensations fugitives qui l'incitent à ces rêveries douces et indécises, prémisses de l'aurore prochaine. Il se complaît dans la solitude où il peut s'abandonner à cette étrange mélancolie né du trouble qui agite son cœur»

 

Malgré tout, solitude et rêverie ont leurs limites et nous savons qu'à Bayon, le grand-père Baudot, madame Henry et Edouard-Louis cultivent de nombreuses relations qui prolongent celles de Nancy, notamment les familles Roussel et Lagrésille. Les Roussel en question ne sont autres que les parents du musicien Albert Roussel ( Albert Roussel (1869-1937). auquel Edouard-Louis sera lié par une profonde amitié et avec qui il partagera les émotions esthétiques les plus élevées. Quant aux Lagrésille, moins illustrés par les Muses, mais peut-être bénis par les nymphes, ils jouissent de l'avantage d'avoir donné naissance à une désirable Laure, aux charmes de laquelle l'étudiant à l'Académie Julian n'est pas insensible. La famille de la jeune fille est fortunée et bien qu'elle ait renoncé à la particule pour des raisons de convenance, elle descend en ligne directe des comtes de la Grésille, seigneurs angevins qui s'illustrèrent à de nombreuses reprises auprès des ducs d'Anjou et des rois de France. C'est en combattant en Lorraine que l'un d'entre eux s'y fixa au 17ème siècle et donna naissance à ces faux roturiers que sont les Lagrésille (La famille ayant été dépossédée de ses biens s'adonnera au commerce et abandonnera la particule). Saisons après saisons, selon les usages du temps, sur les rives de la Moselle et de l'Euron, une idylle se nouera entre Edouard­-Louis, artiste charmeur avec bésicles et canotier, et Laure aux yeux pétillants de vie et de tendresse. L'affaire se conclura par un mariage en bonne et due forme.

 

Mariage:

 

Le 31 août 1893, Edouard-Louis épouse donc Laure Lagrésille et devient l'époux d'une héritière fort bien dotée. Trop peut-être au goût des beaux-parents du peintre qui font stipuler dans le contrat de mariage que la nouvelle madame Henry aura seule la gestion de ses biens et ne pourra utiliser ses valeurs qu'à des investissements immobiliers, et non aux menus plaisirs de son époux qui, toujours étudiant à l'Académie Julian, ne bénéficie d'aucune autre ressource autre que celle de son esprit. Edouard-Louis commence malgré tout à produire et à vendre, obtenant des succès d'estime dans sa région natale. C'est à cette occasion que son grand-père Jules Baudot, considérant que le patronyme d'Henry est trop répandu et surtout trop commun pour se faire un nom dans le monde de l'art, propose à son petit-fils d'ajouter légalement au sien celui de Baudot. Dans ce but, il effectue une donation de 5000 francs de l'époque au bénéfice de son descendant. Le peintre accepta la donation, prit l'argent de son aïeul et ne procéda à aucune des démarches légales - obligatoires aux termes du contrat - nécessaires à son changement de patronyme, moyennant quoi la famille s'appellera pendant de nombreuses décennies: « Henry dit Henry- Baudot ». Ce n'est qu'en 1957 que la situation sera enfin régularisée auprès du Conseil d'Etats.( Par son fils Jacques qui acquittera sur ses deniers les droits dus à l'Etat.)

 

 Ce curieux détail nous renseigne quelque peu sur le caractère plutôt fantaisiste d'Edouard-Louis qui fors sa peinture, l'ornement de son esprit par une vaste culture artistique et littéraire, une certaine dilection pour les traits d'esprits acérés et un intérêt avéré pour le tabac, ne souhaitait pas s'embarrasser des soucis ordinaires de la vie dont il laissa le soin à son épouse. C'était en somme un honnête homme comme le concevait le 19éme siècle, si ce n'est qu'un tel comportement, n'a pas pour effet de donner naissance chez tous les mâles dominants à une création artistique d'une incontestable tenue. Le mariage du peintre amena le nouveau couple à s'éloigner de madame Henry mère laquelle retourna vivre à Bayon avec son père. Les jeunes mariés, quant à eux, s'installent dans la vie en profitant de leurs rentes.

 

Toutefois en 1894, Laure Henry­-Baudot fait l'acquisition pour le couple auprès du peintre Lortat-Jacob d'un terrain situé au 19, Boulevard Berthier où commence, non sans difficultés, la construction de quatre ateliers d'artistes, dont trois seront loués. Edouard-Louis se réservera l'un d'entre eux pour son usage personnel. Nous connaissons très mal la production artistique du peintre avant son admission à la SNBA, mais il est loisible de penser qu'une partie de son travail d'alors est consacrée à la célébration des charmes de la campagne lorraine, ce qui conduira notre peintre à illustrer en 1898 les sonnets de Pimodan (Gabriel de Pimodan, duc de Rarécourt (1856-1924)., œuvre du duc de Rarécourt, d'un patriotisme fervent, dont une partie est dévolue aux incomparables beautés des environs de Toul ! Sans aucun doute le peintre a-t-il abordé d'autres thèmes et nous voyons, à travers diverses études, les essais qui aboutiront à la grande nymphe allongée, datant de 1897, où Edouard Louis Henry-Baudot est visiblement en pleine possession de ses moyens artistiques. Mais il est difficile de savoir si ce tableau est une réussite isolée ou appartient à une série de toiles du même ordre....

 

De l'union d'Edouard-Louis et de Laure Lagrésille naîtra en 1905 un petit Jacques alors que le couple ne s'attendait plus du tout à un heureux événement. Le peintre brossera ultérieurement un portrait plein de tendresse de ce fils unique, lui enseignera les bases de l'aquarelle, et nous laisse, dessiné à son intention, un amusant carnet consacré à la vie parisienne, aux vacances à Bayon et aux salons de peinture qui témoigne assez bien de la veine satirique de son auteur. Edouard-Louis Henry-Baudot formera ultérieurement son fils à la technique de l'aquarelle, qui la pratiquera avec un agréable talent. La veine artistique de la famille se poursuivra aux générations suivantes, prouvant que le flambeau transmis par le peintre brûle toujours...

 

La carrière artistique avant 1914 :

 

Les années qui courent depuis sa sortie de l'Académie Julian jusqu'à la guerre de 1914 doivent être considérée comme la première grande période de création de notre artiste. Une deuxième séquence, tout aussi intéressante, quoique fort différente, s'ouvrira à l'issue du Premier conflit mondial.

Pour bien comprendre la démarche de notre peintre, peut-être est-il bon d'écouter en premier lieu ce qu'il nous dit de l'Art de son temps, à travers les jugements qu'il porte sur le travail de ses contemporains. Edouard­-Louis Henry-Baudot fait véritablement œuvre de critique dans plusieurs intéressants textes, datant d'avant 1914, et qui se poursuivront dans la tentative inachevée, vers 1930, de rédiger un traité sur la genèse et les conditions de la création artistique. Le Salon d'automne de 1907, par exemple, lui inspire des remarques sévères et démontre son incompréhension - qu'il reconnaît très honnêtement - des tendances les plus prometteuses de l'Art moderne:

« Les grandes leçons de l'impressionnisme qui apporta l'affranchissement, la libération des formules surannées, avec une vision naïve et saine de la Nature, devraient-elles donc aboutir au désordre barbare, à la négation insolente de tout ce qui fait la grandeur de l'Art français? Evidemment non, et les peintres d'ici qui se réclament si bruyamment des grands maîtres impressionnistes ne les ont pas compris. Pourquoi ceux qui sont si férus de couleur, d'harmonie de force et de beauté, ne nous montrent-ils que des assemblages féroces de tons sales ou hurlant s, des nus atroces de laideur et de décrépitude, des chairs en bois, des fruits en carton et des fleurs en papier mâché? Pourquoi ne plus dessiner, pourquoi faire rond ce qui est carré, d'opinion unanime, ou carré ce qui est rond, et puis couvrir le tout de couleurs quelconques sans autre souci? [...] Mais qu'y a-t-il donc là-dedans de si mystérieux ou de si improbablement neuf que je ne comprenne rien à ces horreurs? "

 

Cette mercuriale indignée vise essentiellement les Fauves, qui exposent pour la deuxième fois au Salon d'Automne cette année-là, et d'une manière plus large tous les peintres qui suivent les grandes leçons de Cézanne. Elle s'achève sur une mise en cause de la vénalité des critiques et de l'âpreté des marchands de tableaux qui profitent de la naïveté du public pour s'enrichir...Ce jugement qui ne nous convainc guère aujourd'hui, permet en tout cas de comprendre sur quel refus des tendances majeures de son l'Art de temps notre peintre campe.

 

Tout aussi significatifs, mais plus justifiés, nous semblent les jugements acerbes qu'il émet sur l'exposition des «Pompiers », exposant chez Georges Petit, et dont il rend compte dans une note du 23 janvier 1912 :

« Timide pèlerin, pénétré de respect, je franchis d'un pied recueilli la porte du Temple où tient ses assises le Sacré Collège des Pontifes, gardiens farouches de la Tradition Véritable de l'Art français. Mon œil... [...] se pose avec regret sur l'ensemble morne et pisseux, juteux et déteint de l'importante manifestation. Voici les maigres vessies, couleur macaron, les portraits pain d'épice, les ciels en papier et les chairs au dessin incertain et fade, maintenues dans un rigide fil de fer contre un fond de carton défraichi. Régalons-­nous, car ceci est l'Art français, la Grande Tradition léguée par les Maîtres, le fin du fin, la Pompe!... [...] La Peinture aujourd'hui n'est plus qu'un sport ruineux ou un honnête petit commerce. Aux malins de choisir « Fauves» ou « Pompiers» ; le reste, dit-on, est sans intérêt. »

 

C'est précisément dans «ce reste sans intérêt dont on ne parle pas» qu'Edouard-Louis Henry-Baudot entend déployer l'espace de son art. Quel est-il ? D'abord celui de peintres qui restent fidèles à certaines leçons du passé, à l'observation de la Nature et donc aux principes éprouvés d'une peinture figurative. Mais là où se crée, selon notre artiste, la différence avec l'Art pompier ou les audaces des Fauves, est que le vrai peintre doit selon lui « savoir regarder, savoir sentir, savoir apprécier et conclure un choix après avoir discerné l'élément essentiel... »

Ces éléments essentiels, tirés de la Nature, le véritable artiste doit en outre« nous les faire aimer, nous les faire admirer, nous montrer cette part de beauté échue à toute chose ici-bas, même à celles qui semblent les plus négligeables ou les plus rebutantes. Combien peu nombreux ceux qui prendront intérêt à regarder un ciel, une masse de nuages, un pli de terrain, une silhouette d'arbres! Le grand artiste les a traduits, décrits, fixés. Quel sujet d'étonnement pour le spectateur d'éprouver tant de grandeur, tant de beautés émanées d'un si mince objet pour sa courte vue. »

On voit donc clairement se profiler derrière les tentatives picturales d'Edouard-Louis Henry-Baudot un spiritualisme panthéiste dont l'origine se trouve assurément dans ses amitiés électives avec quelques artistes choisis. Car si notre peintre se montre très critique envers l'Académisme, comme envers les voies novatrices qui conduiront à la naissance du cubisme, il n'en fréquente pas moins les cafés à la mode et les milieux intellectuels de la rive droite.

Nous savons qu'il rencontrera Lucien Madrassi (Lucien Madrassi (1881-1956): peintre et illustrateur Lucien Madrassi d'origine italienne. Il a eu pour maîtres Colin et Gérôme, ce qui devait le conduire à exposer au Salon des artistes français. Portraitiste et aquafortiste, il participe à l'illustration d'œuvres d'Henri Béraud, d'Alphonse de Lamartine, de Valery Larbaud ou encore des frères Tharaud, de Henry de Montherlant et d'André Maurois. Plusieurs de ces ouvrages sont publiés par l'éditeur Lapina, avec des tirages limités. En 1930, il devient peintre de la marine. Lucien Madrassi a rédigé plusieurs intéressants articles sur l'art.),

Léon Couturier (Léon Couturier (1842-1935) : Peintre officiel de la Marine, expose régulièrement à la SNBA où il rencontre Edouard- Louis Henry- Baudot avec lequel il partage des opinions nationalistes et peut-être revanchardes à l'encontre de l'empire allemand.)  lequel lui dédicace deux dessins sur le thème: « A bord de la Couronne, 1892 » (Un texte d'Edouard-Louis Henry-Baudot datant de mai 1911 :« Torpilleurs en mer" est consacré à ce sujet.),

André Vetter avec lequel il échangera beaucoup, sans perdre de vue son camarade des débuts à l'académie Julian, Henri Guinier. Avec ce dernier les liens se renforcent par le fait que madame Guinier et Laure Henry-Baudot s'attachèrent l'une à l'autre d'une durable amitié.

Edouard-Louis Henry-Baudot travaillera avec Georges Jeanniot (1848-1934) auprès duquel il prit des leçons de gravure ­technique que ce maître possédait à la perfection - comme en témoigne un portrait littéraire rédigé par notre peintre en 1914 :

« Que de bonté, quel charme exquis dans ce petit bonhomme sec et vif, déjà si près de la vieillesse, et si jeune de cœur, d'espoir, de talent. Sous le chapeau mou rabattu, les yeux pétillent, la figure a mille feux expressifs qui accompagnent la parole alerte, trop lente encore à son gré, tant les idées se pressent, tant il faut dire de choses saines, utiles, nécessaires. Et moi, disciple fervent, j'écoute, j'admire la virilité, la foi robuste, l'enthousiasme compréhensif de cet artiste si pur, si franc, si honnête et pourtant si isolé... »

 

Mais plus significative encore, au regard de l'évolution artistique d'Edouard-Louis Henry-Baudot, sera son amitié avec Armand Point  (Armand Point (1860-1932) : peintre symboliste, proche des Rose-Croix. Il constitue autour de Fontainebleau une colonie d'artiste que fréquenteront notamment Odilon Redon, Oscar Wilde, Stéphane Mallarmé, Stuart Merrill Son œuvre peut être rapprochée, par sa dilection pour un Moyen-Age idéalisé, des préraphaélites anglais.). Nous ne savons pas si notre peintre se rapprocha de la colonie des artistes qui se réunissaient à Madotte, où même s'il se rendit dans la résidence du maître à Haute-claire, mais il est évident qu'on ne saurait considérer comme un simple hasard le fait qu'il ait consacré comme ses sujets majeurs des thèmes issus de la mythologie gréco-latine ou celtisante, si chers à ce groupe marqué par l'ésotérisme et le spiritisme. Nous savons - car il en a dressé la liste - que ses lectures favorites iront surtout du côté des interprètes spiritualistes ou idéalistes des arts plastiques.

L'essentiel de son bagage intellectuel, Edouard-Louis Henry-Baudot le constituera à partir des ouvrages lus entre 1890 et 1914, dont il aimait à extraire des citations significatives. Des sortes de talismans textuels qui l'aidaient à soutenir sa démarche. On y relève notamment des extraits des œuvres de Gabriel Séailles, Paul Souriau, Ruskin, Emerson, Nietzsche, d'Edouard Schuré l'auteur incontournable des « Grands initiés »... Aussi n'est-il pas interdit de penser qu'Edouard- Louis Henry-Baudot se rapprochera progressivement de certaines tendances du mouvement rosicrucien, dont il adoptera, en particulier, les thèses concernant la réincarnation:

 

« Si l'on réfléchit, écrit-il, à ce qu'a pu être l'amoncellement des richesses amassées dans notre inconscient depuis des milliers d'années que chaque individu a vécues déjà... [...] Comme je l'ai dit déjà, la préexistence est la condition absolue du progrès intellectuel et il est absurde de supposer que ces séries d'existence successives n'ont laissé aucune trace dans la partie essentielle, immortelle de l'individu qui les a vécues, partie essentielle qui réapparait intacte à chaque existence nouvelle. A chaque étape, cette partie immortelle (disons l'âme puisque c'est le terme consacré, encore qu'il ne me plaise guère) réapparait dans cette nouvelle incarnation, enrichie de tout ce qu'elle a acquis au cours des étapes précédentes: ensemble plus ou moins considérable de gains, suivant que l'individu est plus ou moins développé intellectuellement et qui sera la matière de son activité, le réservoir des connaissances multiples où nous puiserons les directives qui détermineront notre choix au moment de l'accomplissement d'un acte quelconque.

 

Cette conception, qui fait du subconscient du peintre le lieu d'une réminiscence de l'aube des temps, jointe à un panthéisme bienveillant, oriente délibérément l'œuvre d'Edouard-Louis Henry-Baudot vers la célébration récurrente de l'innocence d'un état premier de l'humanité, exempt de toute forme de culpabilité judéo-chrétienne, où de charmantes jeunes filles se laissent aller sans retenue à une communicative joie de vivre. Si ses premiers envois au Salon sont sans exception consacrés à des thèmes ruraux et bucoliques, qui lui viennent de son enfance campagnarde, à partir de 1906, nous voyons apparaître les grands sujets mythologiques. La pudibonderie des hommes de la Belle-Epoque trouvait par ce biais une justification honorable à la représentation de la nudité féminine, encore qu'on ne trouve chez Edouard-Louis Henry-Baudot aucune des troubles préoccupations des peintres de harem, de nudités maghrébines, et autres scènes d'esclavage antique, lesquels fourniront complaisamment ce genre de sujets, à la demande d'amateurs fortunés.

Tout au contraire le nancéen va-t-il s'adonner à une sensualité franche et joyeuse, à un hédonisme décomplexé, ne nourrissant aucune arrière-pensée dans sa peinture, tout adonnée à la célébration du bonheur de vivre, au sein d'une nature aussi imaginaire et primesautière, que les femmes qu'il surprend au bout de son pinceau. La grande nymphe de 1897, de même que les importantes gouaches ultérieures sur le thème féminin que nous présentons dans cette vacation, sont pleinement en phase avec certaines tendances de l'Art Nouveau naissant, et à ce titre, bien qu'oubliée depuis plusieurs décennies, l'œuvre d'Edouard-Louis Henry-Baudot mérite de retrouver pleinement sa place parmi les excellents décorateurs de son temps.

Lui-même ne se trompait guère sur la nature de son art à cette période puisqu'il qualifia plusieurs de ces envois au salon de panneau décoratif. Qu'on ne s'attende donc pas à trouver sous son pinceau - à cette époque tout au moins - de lancinantes interrogations introspectives. Le propos de notre peintre est tout autre. Celui-ci s'applique avec une belle virtuosité à trouver un parfait équilibre entre le dessin et la couleur, la pureté de la ligne et des déflagrations chromatiques extrêmement audacieuses. Il y a dans les flores exubérantes d'Edouard-Louis Henry-Baudot quelque chose d'un douanier Rousseau joyeux, alors que les courbes de ses nymphes, naïades et autres déesses ondulent avec une jubilation qui hésite entre le symbolisme et une certaine naïveté. Notre artiste, à cette époque, n'est pas un peintre de l'intériorité mais clairement des formes et des volumes de la chair.

Rien d'étonnant, donc, à ce qu'une part importante - et particulièrement réussie - de son travail soit consacrée au règne animal. Bien qu'il se soit d'abord intéressé aux animaux de nos campagnes, nous savons que très vite les bêtes sauvages sont venues interpeller sa fascination pour la couleur et le mouvement. Nous possédons une carte d'artiste datant de 1907 émise par le Muséum d'histoire naturelle, autorisant Edouard-Louis Henry-Baudot à «dessiner, modeler et photographier dans les allées du jardin, dans la ménagerie, et les galeries du muséum ». L'extraordinaire bestiaire de notre peintre n'est en rien le fruit de pérégrinations réelles, d'une passion pour l'exploration de terres inconnues comme chez les peintres voyageurs - et par conséquent d'observations effectuées dans le milieu naturel des grands fauves et autres crocodiles - mais le résultat d'un imaginaire fonctionnant à partir d'une observation réaliste d'animaux en cages, opérées par un artiste qui n'est jamais descendu plus au sud que Théoule-sur-Mer!

Si la chose avait été possible, il y a tout lieu de penser qu'Edouard-Louis Henry-Baudot aurait fait un parfait illustrateur des aventures de Tarzan, encore qu'il ne faille pas dévaloriser par cette remarque ses magnifiques félins qui rivalisent avec ceux d'autres spécialistes du genre, tels Gustave Surand.

Dans les années 1910/1912, les époux Henry-Baudot s'installeront au 85, avenue de Villiers et le peintre aura dès lors toute latitude pour organiser dans son atelier du boulevard Berthier une véritable garçonnière où les jeunes modèles défilent, paraît-il en grand nombre, pour des séances qui ne s'achèveront pas toutes par des tableaux.

Par contre, ceux que notre peintre envoie à la SNBA lui valent, après avoir été membre associé, d'en devenir sociétaire en 1910 et surtout de toucher une clientèle d'acheteurs - venus d'outre-Atlantique pour certains- qui succombent aux charmes de ses Pasiphaés, Ondines, Morganes, Jeunes filles au cygne et autres baigneuses irradiant de jeunesse et de beauté, parmi les fleurs, les fruits; lovées sur le bord d'eaux frémissantes qui appellent les unes et les autres à de délicieux plongeons. Il est clair qu'en ces derniers instants d'insouciance qui précédent le Premier conflit mondial, Edouard-Louis Henry-Baudot est un peintre qui élabore son œuvre loin des coteries du moment et sans se soucier - apparemment - des opinions des publicistes. Les réussites sont patentes et - jugées suffisamment significatives de l'art de leur temps- nombre de ces œuvres feront l'objet de clichés photographiques conservés par la RMN dans le fonds Druet- Vizzavona. Ceux-ci nous renseignent sur des tableaux dont aucun ne bénéficia, cependant, d'un achat des musées nationaux.

La quasi-inexistence de toiles d'Edouard-Louis Henry-Baudot de cette période apparues en ventes publiques depuis lors demeure malgré tout une énigme. Nous serions assez tentés de penser que les acheteurs sud-américains, qui honorèrent aussi Henri Guinier de plusieurs acquisitions, comme en témoignent les héritiers des deux amis peintres, étaient peut-être moins nombreux que ne le laisse imaginer la mémoire familiale; et que quantités de toiles d'Edouard-Louis Henry-Baudot ont été vendues à des clients de l'Est de la France et malheureusement détruites lors des deux guerres mondiales...

 

La première Guerre mondiale:

 

Lorsqu'éclate la guerre de 1914, le peintre est âgé de quarante-trois ans et n'est donc pas mobilisable en théorie. Son patriotisme le pousse toutefois à se porter volontaire dès le déclenchement du conflit. Les Allemands menaçant Paris, il est immédiatement engagé auprès de l'Etat-major du général Gallieni, non certes pour ses capacités de soldat, mais en raison de ses talents d'observateur et de dessinateur. La mission confiée n'est pas de petite importance puisqu'elle consiste à partir à proximité des zones de combat pour effectuer le relevé des lignes de front, indispensable au réglage des tirs d'artillerie. Edouard-Louis Henry-Baudot s'acquittera avec beaucoup de soin de cette responsabilité dont dépend la vie des fantassins engagés dans les offensives qui permettront in fine la victoire de la Marne.

Lors de ses opérations risquées, à portée de tir ennemi, le courageux volontaire qui s'aventure, de jour comme de nuit, conduit par son chauffeur, sur toutes les routes carrossables est victime d'un grave accident. Au démarrage brutal de sa voiture, menacée par les tirs ennemis, il tombe en arrière très violemment et subit de graves lésions au dos dont il souffrira jusqu'à la fin de ses jours. S'en suivra un séjour de deux années à l'hôpital, à propos duquel le peintre nous laisse un émouvant témoignage dans un texte daté de juillet 1915 :

« La pièce ne contient que huit lits, dont les blancheurs symétriques se découpent le long des hautes boiseries. Tout est propre, en ordre, rangé à sa place, le parquet bien ciré et tous les meubles reluisant d'un ripolin récent. Il règne une odeur fade et fiévreuse à peine tempérée par la fumée des cigarettes et l'on est accablé de la tristesse douloureuse qui se dégage de toutes ces choses étrangères. [...] (Mon voisin) est un grand beau garçon brun, à la figure pâle et énergique, paralysé de la ceinture aux pieds à la suite d'une blessure de la colonne vertébrale. Depuis cinq mois déjà, il est cloué sans espoir sur le petit lit rude, acceptant bravement la destinée mauvaise: trente ans à peine et fauché en pleine force! Le sommeil ne le visite guère et nos nuits trop pareilles s'abrègent à causer à voix basse tout en fumant nos cigarettes... [...] Mon camarade s'est étendu, je vois de grosses larmes couler sur ses joues amaigries, et se perdre dans sa moustache...longtemps, longtemps je le vois pleurer silencieusement... »

 

Retrouvant l'usage de la marche, Edouard-Louis Henry-Baudot viendra en convalescence à Paramé en 1916, puis pourra reprendre progressivement le travail, sur des dimensions modestes, car il peine à demeurer longtemps debout, comme à brosser des surfaces trop importantes. Il participe sur les instances de Gallieni à des projets de décor pour des ouvrages patriotiques et grave pour les Postes deux magnifiques timbres célébrant la victoire de la France.

 

En 1918, le patriote Edouard-Louis Henry-Baudot est à l'évidence heureux de la victoire de la France; heureux de voir l'Alsace et la Lorraine revenues dans le giron de la mère patrie; et pourtant l'homme sort profondément transformé de l'épreuve. Jamais plus la radieuse insouciance des années d'avant-guerre ne se retrouvera pleinement sous son pinceau. Les séquelles durables de son accident, qui l'empêcheront souvent de peindre, lui interdiront à jamais les grandes compositions à l'huile dont on ne retrouve pas trace après 1914 ; mais surtout il a vu de trop près la souffrance humaine, celle des poilus auprès desquels, il s'est approché aux premières loges, et celles des populations civiles obligées de fuir, victimes de combats monstrueux qui défigurent la terre de France. Le peintre nous en laisse dans un émouvant témoignage dans une saynète de 1918 intitulée « le Crabe » :

 

« Là où des gens innocents et paisibles vivaient dans le calme et l'abondance, se croyant à l'abri de si formidables évènements, il n'y eut plus rien que des déserts sans borne, semés de cadavres et de ruines qui ne sont plus visités par aucun être vivant, où tout est néant, cendre et désolation. Les hommes se sont jetés les uns contre les autres dans des combats terribles, inlassablement repris, dans une fureur de destruction que tu ne peux imaginer. Et pendant des mois, les saisons succédant aux saisons, les années aux années, […..] la race humaine s'entretue sans répit...La Bête triomphe encore...Il faut vaincre si nous voulons vivre...il y a une Justice... peut-être ... Je me réveillai. La nuit était tombée, le crabe était mort sur sa planche, mon aquarelle gisait à terre au milieu des couleurs renversées... ».

 

Les sentiments exprimés ici sont bien différents de ceux qu'éprouvaient les patriotes qui partirent en 1914 la fleur au fusil pour une guerre courte et joyeuse! Certes, la France a triomphé mais le prix payé en vies humaines détruites ou brisées est énorme, et Edouard-Louis Henry-Baudot le sait pour y avoir laissé sa santé et sa jeunesse. Ce sentiment terrible d'une augmentation générale de l'horreur et de la violence, notre peintre l'exprimera magistralement dans une des compositions présente dans notre vacation intitulée «la Guerre », page 40, n°147 de la vacation, sujet sombre et difficile s'il en est, et qui le rapproche incontestablement de l'expressionisme.

 

La découverte des paysages de Bretagne:

 

Avec l'issue du conflit est venu pour l'homme, le peintre et le patriote, dans tous les sens du terme, le temps de la convalescence. Convalescence physique, certes, mais surtout morale puisque nous voyons le peintre rechercher à travers son art la paix, la solitude et la sérénité. S'il demandait jadis à la Nature d'être l'écrin d'une sensualité mutine, le voilà qui se tourne maintenant vers des espaces intimes, restreints, gorgés d'une poésie discrète ou bien s'ouvrant sur un infini diffus où s'affirme en creux, une présence consolatrice.

Cette mutation dans l'art d'Edouard-Louis Henry-Baudot s'accompagne de la découverte d'une région nouvelle: la Bretagne. Cette dernière n'est pas totalement une inconnue pour lui puisque nous savons qu'il y était déjà venu en 1912 avec son ami le musicien Albert Roussel. Et le voyage ne fut pas anodin puisque les deux hommes se rendirent à Belle-Ile. Sans doute y retrouvèrent-ils au manoir de Goulphar d'autres artistes et certainement le souvenir de son ancien propriétaire, le peintre John Peter-Russel (John Peter-Russell (1858-1908) : peintre néo-impressionniste australien qui vécut à Belle-Ile de 1888 à 1908.

 

Il reçut beaucoup de ses contemporains dans sa villa de Bangor qui demeure le symbole de l'activité littéraire et artistique de l'île ou Claude Monet se rendit en 1886. Albert Roussel y composa sa Sonatine, sans aucun doute, Edouard­-Louis Henry-Baudot, de son côté prit-il quelques croquis; mais plus sûrement fut-il séduit par l'âpre beauté de la côte sauvage ou le surgissement des aiguilles de Port-Coton qui fascinèrent tant de peintres avant et après lui. Il est donc plus que compréhensible, après-guerre, que notre peintre réponde à l'invitation de son ami Henri Guinier -déjà établi sur place - de venir découvrir en sa compagnie les environs de Concarneau.

De 1918 au début des années 30, Edouard-Louis Henry-Baudot se rendra tous les étés en Bretagne et se fera initier aux beautés des lieux par Guinier, l'un et l'autre peignant souvent ensemble sur les mêmes sites: Beuzec, Lanriec, Raguenès

 

Il rencontrera chez Guinier Eugène Cadel (1862-1942), Germain David-Nillet (1861-1932), Marie Piriou-Bazin, (1881-1956) artistes avec lesquels les échanges amicaux perdurèrent avec échange d’œuvres selon la coutume. Edouard-Louis Henry-Baudot de peintre travaillant essentiellement en atelier se transforme alors en adepte ardent du pleinairisme. Partant par les chemins creux, des vieilles fermes oubliées par l'Histoire, jusqu'aux sentiers qui serpentent sur la côte, sous des ciels où l'infini des nuages répond au mouvement permanent des vagues, le peintre va bâtir une œuvre jamais montrée qui constitue une des appréhensions les plus sensibles des beautés de la Finis Terra.

Pour ce faire, il multiplie les dessins au crayon Conté, les aquarelles et gouaches et surtout, d'une main savante, il griffonne avec une époustouflante virtuosité des paysages à l'encre de Chine où, ce qui tendait parfois à la surenchère et à la confusion dans certaines de ses compositions antérieures, se révèle ici comme une description minutieuse de la puissance vitale de la Nature. Dans ses travaux où le corps blessé du peintre ouvre son âme à la contemplation réconfortante d'une vie qui serpente telle un chemin côtier le long de halliers, dignes de l'art d'un calligraphe asiatique, Edouard­-Louis Henry-Baudot entonne mezzo-voce la mélodie d'une opera d'une haute rigueur, celle de l'homme qui écoute monter du silence de la lande, le chant secret de sa guérison intérieure. On découvre alors qu'Edouard-­Louis Henry-Baudot ne fut peut-être pas seulement l'amateur de jolies femmes ou le vieillard sarcastique que décrivent ceux qui l'ont connu sur le tard - pauvre et oublié - mais incontestablement un artiste exigeant et sensible qui gardait pour lui-même le secret de ses émotions.

 

En 1922, Edouard-Louis Henry-Baudot est promu au rang de secrétaire de la SNBA, preuve de l'existence de liens permanents avec le monde de la peinture (Nous savons qu'Edouard-Louis Henry-Baudot était ami avec Charles Atamian, dont il possédait une œuvre.), et donne une exposition qui sera remarquée par le critique d'art Maurice Guillemot (Maurice Guillemot (1859-1931) Ecrivain et critique d'art. On lui doit notamment« Villégiatures d'artistes" 1897.) lequel note: "Henry-Baudot n'obéit qu'à sa fantaisie du moment, qu'il soit figuriste, animalier, décorateur, qu'il emploie pour s'exprimer l'huile, la détrempe, la gouache, l'aquarelle ou la plume, il demeure toujours dans les sphères élevées de l'inspiration". Toutefois, ce retour à la vie qui constitue pour tout peintre un vernissage réussi, ne suffit pas à procurer à Edouard-Louis Henry-Baudot un élan suffisamment puissant pour relancer sa carrière. Les préoccupations artistiques ont changé avec le siècle nouveau: le fauvisme, le cubisme, le surréalisme sont passés par là et fleurissent bien plus vigoureusement que l'art des peintres qui n'arrivent pas à oublier le beau métier d'avant 14.

Edouard-Louis Henry-Baudot aura du mal à vendre sa peinture, qui s'accumulera dans son atelier, et surtout sera-t-il obligé d'accepter des travaux d'affichiste ou de répondre à la demande des éditeurs de livres scolaires pour gagner quelque argent en fournissant quelques images didactiques sur lesquels les élèves paresseux se plairont à rêver. Il y a tout lieu de croire que la planche que nous présentons dans cette vacation sur le thème des animaux de la banquise est un projet d'illustration de manuel pédagogique.

Entravé dans son existence de créateur, Edouard-Louis Henry-Baudot songe alors à consigner son expérience dans un traité consacré à l'Art et aux artistes. Il travaillera longtemps sur ce manuscrit où alternent des considérations sur l'histoire de l'Art, issues de ses vastes lectures, et des réflexions plus personnelles, de loin les plus touchantes. Comment ne pas voir dans les lignes qui suivent un autoportrait d'Edouard-Louis Henry-Baudot lui-même:

 

« La vie de l'artiste vraiment épris de son art, résolu à mener jusqu'au bout la lutte - atroce souvent - dont les alternatives déconcertantes, les difficultés amoncelées, exigent le don complet de soi, et le sacrifice noblement consenti des réalisations faciles et fructueuses, est inconnue généralement. Toute de labeur silencieux et obscur, elle n'a aucun rapport avec celle de ces groupes bruyants et intéressés où des confrères, plus avides de gloire éphémère et frelatée, que respectueux de l'art qu'ils s'imaginent pratiquer, qui cherchent par un cabotinage éhonté à satisfaire rapidement les ambitions dont ils sont dévorés.

Lui, il se recueille et s'absorbe dans son rêve, sa volonté obstinément tendue vers le but lointain mais précis; toutes les forces de son être concentrées avec une énergie sans cesse renouvelée, dans l'effort total de sa puissance intellectuelle, dédaigneux des suffrages du grand public, ignorant des profits qu'il pourrait en attendre, uniquement soucieux de trouver le langage, la forme susceptible de fixer dans son intégrité le trouble divin que la Beauté lui inspire.

Son désir est immense, sa puissance dérisoire, entravée qu'elle est par toutes les contingences physiques ou extérieures qui alourdissent l'esprit, obscurcissent les clartés fugitives de l'intelligence: effroyables fardeaux qu'il doit traîner avec lui et dont il lui faut subir l'exigeante loi. Il devra, s'il veut élargir et dégager sa pensée, produire un effort d'autant plus considérable qu'il sera lui-même moins affranchi de ces rebutants embarras. La solitude et une vie retirée lui sont donc imposées. Que de joies véritables, que de jouissances infinies n'a-t-il pas à en attendre! Mais aussi que de misères, que de déceptions, que de désespoirs n'aura-t-il pas à subir!

Enchaîné par cette conscience scrupuleuse, cette honnêteté, cet amour violent de l'art qu'il pratique; rarement, la fin d'une journée de labeur assidu et volontaire le verra satisfait et serein. Alors qu'aux premières heures matinales, il s'était courbé plein de joie et d'espoir sur l'œuvre, dans la chaleur ingénue du désir, dont son imagination ardente lui montrait déjà la réalisation, les premières ombres du soir, trop souvent, viendront accompagner de leur tristesse, l'amertume de la déconvenue et de la souffrance cruelle de l'effort avorté, qui lui font mesurer clairement l'étendue de son impuissance et de sa faiblesse. 

Que de fois ce rêve qui lui paraissait si lumineux, si précisé dans son esprit au moment de l'interpréter, de le fixer, a-t-il semblé s'obscurcir et se déchirer en lambeaux disparates, dès qu'il essayait d'en écrire la radieuse beauté qui l'avait séduit! S'il s'efforçait de concentrer son esprit sur un assemblage de formes capables de traduire sa pensée, ne l'a-t-il pas senti - quelque volonté qu'il mit à le contraindre - s'égarer vers d'autres objets? Et ce qu'il croyait, dans le bel enthousiasme du début, appelé à un résultat prompt à donner satisfaction à son désir, que de fois ne l' a-t-il pas vu s'éloigner à mesure, s'effacer encore... jeu cruel où il s'est usé en ébauches maladroites, en gestes inutiles et qui le laisse vaincu, meurtri, saignant et désabusé. »

 

 

Ainsi fileront dans le désenchantement artistique croissant et une diminution de leurs revenus - la crise de 1929 n'y étant pas pour rien - la vie des époux Henry-Baudot jusqu'à ces jours gris où ils devront quitter Paris, alors que les Allemands ne rêvent que de s'y installer...

 

La deuxième Guerre mondiale:

 

C'est peu avant la Deuxième Guerre mondiale, en 1936, que le peintre et sa femme emménagèrent à Sceaux Les Blagis pour se rapprocher de leur fils Jacques installé à Antony. Lorsque le conflit éclate, Edouard-Louis Henry-Baudot âgé de 69 ans espère encore travailler un peu pour subvenir à ses besoins et à ceux de son épouse, aussi transforme-t-il une pièce du rez-de-chaussée de sa maison, normalement à usage de salon, selon le plan traditionnel de la demeure bourgeoise, en atelier. Il y range avec un soin méticuleux ses couleurs, ses pinceaux japonais en bambou, plusieurs chevalets sur lesquels trônent, en signe d'espoir, les toiles en cours et les nombreux siccatifs, diluants et autres huiles de lin dont son petit-fils gardera le prégnant souvenir olfactif.

Quant aux œuvres déjà achevées elles sont entreposées à grand-peine, vu leur nombre, dans le grenier. Malheureusement, la situation devient vite dramatique pour les Henry-Baudot. L'installation du pays dans la pénurie sous la botte nazie fait qu'aucune commande ne vient. Les loyers des ateliers du boulevard Berthier cessent d'être payés, quant aux dernières rentes du couple, déjà fortement entamées, elles ne valent plus rien.

Séparés de leur fils qui est prisonnier en Allemagne, étrangers à la population locale qui les ignore, privés de ressources en numéraire, le peintre et sa femme ne peuvent compter que sur les cartes de rationnement et le dévouement de leur belle-fille Denise qui leur apporte de quoi survivre.

Désespéré, Edouard-Louis Henry-Baudot qui n'a jamais eu ni le sens pratique, ni encore moins celui des affaires, songe à vendre ses ateliers du boulevard Berthier à vil prix. Heureusement son notaire et sa femme l'en dissuadent. En conséquence, les deux vieillards survivent d'expédients, brûlent leurs meubles pour se chauffer et ne doivent leur survie qu'à quelques amis fidèles qui leur apportent de la soupe et des provisions de bouche prélevées sur leurs propres rations.

Un espoir vient lorsqu'un éditeur se rapproche du vieux peintre pour lui demander des illustrations pour une édition de luxe des « Métamorphoses d'Ovide» , car on se souvient encore un peu dans certains milieux des grandes toiles à sujet mythologique qu'Edouard-Louis Henry-Baudot avait données avant 1914.

Le peintre se remet au travail avec courage et retrouve ses intuitions de jadis. Malheureusement le projet sera abandonné. Il demeure douze esquisses abouties à des degrés divers.

L'année 43 sera terrible pour le couple: Laure Henry-Baudot qui souffre d'affaiblissement à cause des privations sera hospitalisée. Mal rétablie, elle n'en continuera pas moins à tout faire pour assurer à son mari, avec un dévouement exemplaire, des conditions de vie devant lui permettre théoriquement de continuer à peindre. La tradition familiale rapporte qu'elle se privait parfois de manger pour procurer du tabac à son mari, grand fumeur qui ne pouvait se passer de ses cigarettes! Elle décédera d'épuisement le 18 janvier 1945.

 

Au sortir de la guerre, veuf, ruiné, oublié, Edouard-Louis Henry-Baudot se réfugiera dans un mutisme hautain à propos de son art dont il ne parlera guère, ni à son fils qui ne partageait en rien les intérêts de son père pour une activité qu'il considérait comme la cause indirecte de la ruine de la famille, et de la disparition de sa mère; ni à ses petits-enfants trop jeunes pour comprendre ce qu'avait pu être la vie d'artiste de leur grand-père.

Obligé de se retirer dans le midi de la France dans une maison de retraite tenue par des religieuses, la pension Saint ­Camille, le vieux peintre ne leur épargnera aucun de ses traits contre un certain catholicisme, lequel peut conduire malencontreusement une naïade sortie nue du fleuve de l'Amour, à finir sous un habit de bure dissimulant des vertus aussi faciles à imaginer qu'impossibles à atteindre. Edouard-Louis Henry-Baudot décède à Théoule-sur-Mer en 1953 à l'âge de 82 ans. Son corps repose dans le cimetière de Cannes entre le bleu du ciel et celui de la mer. Entre le céruléen et le cobalt.

 

Les destinées de l’œuvre:

 

On ne saurait nier que l'œuvre, très diverse, d'Edouard-Louis Henry-Baudot soit tombée dans l'oubli. La redécouverte de son importante toile de 1897 « Nymphe », dispersée au mois d'avril de cette année a constitué pour tous les amateurs une heureuse surprise, suivie d'une seconde: le fait que l'essentiel de son atelier soit demeuré intact plus de cinquante ans après la disparition de son auteur. Fait rare pour un peintre dont l'œuvre se déploie entre la fin du 19ème et le premier quart du 20ème siècle.

Le travail d'Edouard-Louis Henry-Baudot n'annonce en rien les déflagrations qui marqueront l'avenir de la peinture, et il convient clairement de le ranger parmi cette catégorie d'artiste de solide formation académique demeurés fidèles sans état d'âme à une figuration traditionnelle. Il convient toutefois d'éviter de se hâter de passer trop vite devant ces grandes compositions vibrantes de désir, ces tigres férocement amicaux, ces chevaux tout en muscles et en mouvement, ces magistrales études de poissons et surtout ces promenades dans la campagne bretonne pleines de retenue et de sensibilité, en dépit de certaines évidentes faiblesses ici ou là.

On appréciera les unes pour leur forte valeur décorative, les autres pour la qualité de leur rendu anatomique manifestant une puissante énergie vitale, les troisièmes pour cet amour d'une Nature consolatrice et intacte, dont le besoin est aujourd'hui universellement ressenti. Il n'est donc pas de peu de valeur qu'un peintre brisé par la guerre, bousculé par un destin cruel, nous offre encore aujourd'hui l'occasion d'une plongée dans un univers de couleurs et de formes qui attirent irrésistiblement notre regard.

 

Romane Petroff / Louis Rançon Septembre 2012.

 

https://www.drouot.com/vente-aux-encheres-drouot/13941/tableaux-modernes-henry-baudot?offset=0&query=&lotGroupTheme=all&theme=all&max=20&venteId=13941&lang=fr&mode=liste&triSearch=numsous 

 

 

 

 

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Vente par Thierry de Maigret

04/04/2012

mercredi 4 avr. 2012 à 14h00
DROUOT RICHELIEU - Salle 10
TABLEAUX MODERNES - FONDS d'ATELIER
Thierry De Maigret commissaire priseur
EMail : contact@thierrydemaigret.com
Tél. : 01 44 83 95 20

 Experts:
Cabinet Romane PETROFF
Tél.: 06 09 10 24 36
Louis RANÇON
Tél.: 02 23 20 05 18
 
Lot 134 Edouard-Louis HENRY-BAUDOT (1871-1953) : Nymphe
Huile sur toile, signée en bas à gauche et datée 1897 - 73 x 114 cm 10 000 / 12 000 €
Voir la reproduction et le détail en 1ère de couverture
Elève de l’Académie Jullian, puis membre de la Société Nationale des Beaux-arts où il expose régulièrement, Edouard-Louis Henry-Baudot découvre la Bretagne en 1912 avec son ami le musicien Albert Roussel (1869-1937) lors d’un voyage à Belle-Ile. D’avant 1914 datent les meilleures compositions d’Edouard Henry-Baudot marquées à la fois par le symbolisme et l’esthétique de l’Art Nouveau. Fortement impliqué lors du premier conflit mondial, le peintre en sortira durablement affaibli. Notre oeuvre brossée lorsque le peintre avait 26 ans illustre parfaitement les préoccupations esthétiques de son temps.
 
mise à prix  10 000 - 12 000 €
Résultat : 17 000 € 

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Son paraphe

01/12/2011

Bienvenue dans l'univers de cet artiste nancéien (1871-1953), orphelin de père à l'âge de 12 ans, tombé dans la peinture dès l'enfance, entré à l'académie Julian en 1890 et dont la carrière picturale, débutée avant 1914, comprend quelques grandes compositions sur le thème de la mythologie, mais aussi et surtout de nombreuses études d'animaux – chevaux, félins, oiseaux, poissons – et des paysages de Bretagne. Des oeuvres pleines de charme, gravée pour certaines, mais surtout à l'aquarelle, à la gouache, au fusain ou à l'encre 

Le jeune homme a 19 ans quand, sûr de sa vocation, il quitte sa ville natale de Nancy pour parfaire sa formation picturale à l’académie Julian à Paris. Travailleur acharné et plutôt solitaire, il se lie pourtant avec le peintre japonais venu étudier en France, Takesiro Kanokogi, un paysagiste qui aura une influence certaine sur lui. Henry-Baudot est profondément attaché à sa chère campagne lorraine, et les arbres, les fleurs, les animaux – chevaux et bovins en tête – occuperont une place de choix dans son oeuvre. Très critique envers l’académisme mais aussi les peintres fauves, il n’en fréquente pas moins les cafés et les milieux intellectuels de la rive droite. Ainsi naîtra son amitié avec le peintre symboliste Armand Point, et de nombreuses toiles inspirées de la mythologie gréco-latine ou celtisante verront le jour. Les grands fauves – les félins et les crocodiles qu’il observe avec attention au Muséum d’histoire naturelle – sont aussi parmi les sujets que l’on retrouve dans notre vente. La Bretagne, enfin, qu’il découvre au lendemain de la Première Guerre mondiale qui l’a laissé profondément meurtri physiquement et moralement, le fascine et le voit se transformer en peintre adepte fervent du pleinairisme. 300 fusains, aquarelles et gouaches prennent le chemin des enchères et témoignent de l’oeuvre pleine de retenue et de sensibilité d’un artiste injustement tombé dans l’oubli.

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SGL Enchères Schmitz Laurent

06/11/2011

Vente aux enchères de deux oeuvres à Saint-Germain-En-Laye

S.V.V. Alain Schmitz Frédéric Laurent - Agrément n°2002-282 ENCHÈRES CONSULTANT : Philippe HEIM -  06 09 02 05 35
LE VOYAGE
Dimanche 6 novembre 2011 à 14 h 30 
9, rue des Arcades St-Germain-en-Laye
Vente aux enchères publique 
 
Lot 20 - Edouard Louis HENRY-BAUDOT (XIXE-XXE)
L’AFRIQUE.
Lithographie en couleurs signée en bas à droite.
70 x 90 cm.
400/500 € 
 
Lot 22 - Edouard Louis HENRY-BAUDOT (XIXE-XXE)
L’AMERIQUE DU SUD.
Lithographie en couleurs signée en bas à droite.
70 x 90 cm.
400/500 € 

Vente aux Enchères: Bretagne Enchères -7 déc. 2009 - Rennes Numéro de lot: 191

07/12/2009

Edouard Louis Henry-Baudot - Belle-ile, Arrière Port De Palais Original 1929  Prix : Non divulgué 

DescriptionTableaux anciens et modernes Numéro d'ordre : 191 Estimations : 400 € / 700 €€ HENRY-BAUDOT Édouard-Louis, XIX-XXè

Belle-Ile, arrière port de Palais, juillet 1929 Aquarelle (très légères griffures), signée en bas à gauche 74x60 cm

ESSAI CRITIQUE SUR LA GENESE DE L'OEUVRE D'ART - Manuscrit écrit par Edouard Henry-Baudot -Jamais publié

01/01/1920

 «Essai critique sur la genèse de l’œuvre d’art » 

Edouard Henry-Baudot

(extraits du chapitre VI « l’interprétation »)

 

La beauté d’un dessin ou d’une peinture ne réside pas principalement dans une exactitude à courte vue, ni celle d’une œuvre musicale dans un essai assez enfantin d’une reproduction des grandes forces de la Nature, ni celle d’une œuvre littéraire dans une précision qui convient surtout aux recherches d’ordre scientifique, -encore qu’on ne saurait refuser qu’il règne une sereine beauté dans la concision des mathématiques ou la résolution des calculs et des problèmes d’ordre supérieur.

Que nous importe le soin du détail dans un tableau, un rythme particulier qui voudrait évoquer le bruit du vent ou de la pluie dans un morceau de musique, une description patiente et minutieuse comme Zola s’est plu à en remplir ses livres ? Que viennent-ils ajouter à l’émotion que l’auteur prétend nous transmettre ?  Rien, à peine un court intérêt pour l’effort de la recherche,- recherche inutile le plus souvent et qui ne sert même pas l’objet que s’est proposé l’artiste.

Evidemment, l’art est autre chose que ces puérilités.

Un artiste ne nous intéresse que si son hypothèse dépasse la nôtre propre : celui qui se borne à paraphraser avec plus ou moins d’habileté la perception courante que j’ai du monde extérieur ou à décrire avec plus ou moins de perspicacité les sentiments qui agitent à toute heure mon cœur ou mon esprit, n’a aucune chance de me toucher profondément ; A peine fera-t-il résonner un faible écho qui est incapable d’atteindre les régions secrètes de la sensibilité extrême de l’individu…

… L’artiste a interprété,-il a apporté l’ordre dans le désordre ; il a, par une sélection judicieuse, éloigné tout ce qui pouvait obscurcir l’impression choisie ; il l’a entourée d’éléments voisins, ou étranges suggérés par son imagination, pour la faire bénéficier de tous les concours accessoires susceptibles de la faire valoir, de la mettre en vedette, de lui attribuer le maximum d’importance dans l’ensemble,- en somme, il a composé, interprété les données que la Nature et la Vie lui offrent avec une abondance et une prodigalité déconcertante.

Composer, puis interpréter sont les privilèges des seuls artistes.

Sur l’impressionnisme.

Le naturalisme est-il une réalisation de la nature ? Rejetons d’abord une recherche bornée, terre à terre, appliquée à une reproduction qui ne se distingue de la photographie que par l’infériorité de son exactitude.

Mais des artistes véritables et de grand talent ont appliqué leur effort à une autre recherche féconde, effort magnifique de rénovation hardie et puissante, prodigué des résultats qu’aucun moderne n’oserait  aujourd’hui contester et auquel chaque jour apporte son tribut d’admirateurs.

Lassés des cuisines arbitraires qu’on leur avait enseignées, des procédés, des méthodes catégoriques qu’on leur avait imposées, peintres et sculpteurs d’une part, musiciens et littérateurs d’autre part, ont voulu s’affranchir. Ils ont envoyé par-dessus bord cuisines, méthodes et procédés et se sont résolus à regarder la nature dans sa réalité, dans sa nudité splendide.

Ce fut la brillante époque de l’ «impressionnisme » encore si proche de nous, où une nombreuse pléiade d’artistes fervents et convaincus entrepris, de haute lutte, d’ouvrir les fenêtres et de renouveler l’air alourdi et irrespirable où l’art menaçait d’étouffer et de périr. Effort admirable qui ne recueillit d’abord que les sarcasmes et l’hostilité qui sont l’apanage initial de toute nouveauté. Page admirable dans l’histoire de notre art français qui, dans une envolée imprévue, s’enrichit des plus purs chefs d’œuvre.

Cette école nouvelle qui se réclamait du naturalisme, le pratiquait-elle en fait ? Qu’était-ce donc que « l’impressionnisme » et que signifiait-il réellement ? Ces artistes ont-ils été des réalistes au sens exact du terme ?

Ces novateurs ont apporté un trésor d’une inappréciable richesse, trésor que leurs successeurs ont abondamment pillé, et qui alimente encore la plus notable partie de notre production actuelle… mais illusion profonde d’artistes aveuglés par la réaction violente qu’ils avaient entreprise, et qui ne poursuivaient qu’un seul but : réalisation extrême de ce qu’ils regardaient comme des vérités absolues, opposition systématique aux idéologies de l’allégorie et de la philosophie, rejet catégorique de toute abstraction, de toutes légendes, de toute la synthèse héroïque qui avait servi jusque là de thème aux conceptions d’art.

A ces abstractions, à ces transpositions, à ces symboles, ils ont voulu substituer des notations qu’ils croyaient naturalistes simplement parce qu’elles ressortissaient à une esthétique de tendance diamétralement opposée à l’académisme accepté jusqu’alors. Illusion d’artistes entraînés par une conviction forte mais erronée, et prenant des espoirs pour des réalités ; théories brillantes mais imprécises, dont le symbolisme qui naissait parallèlement allait montrer l’erreur manifeste.

La précellence (supériorité marquée) de l’artiste l’empêche de limiter sa perception aux apparences ; ce qu’il perçoit dans une forme est beaucoup moins la forme elle-même que ce qu’elle lui a fait pressentir de puissance vitale. Il y lit, avant toute chose, une manifestation de cette énergie mystérieuse répandue dans tout l’univers et soumise au rythme grandiose, à la loi immuable qui régissent l’immense complexité de l’ensemble. Cette forme, dont il dépasse l’aspect extérieur pour la pénétrer plus profondément, il en fait surgir des éléments obscurs qu’elle contient en puissance, et qui vont être la matière de formes supérieures, insoupçonnées.

La pensée les recueille, les traduit, les exprime, et, dans un langage nouveau, leur donne l’apparence de réalités complètes, connues. Quelque chose est venu s’ajouter à la forme envisagée qui, sans la transformer puisqu’elle reste reconnaissable, lui a donné néanmoins un aspect particulier qui n’est que le reflet de l’âme de l’artiste…

Que devient donc la théorie naturaliste qui se réclame d’une stricte observation du monde extérieur ? Si l’œuvre se classe dans les rangs les plus élevés de la production d’art nous y retrouvons l’expression de ces formes supérieures qui ont le plus de chance de nous émouvoir. Il n’y a donc plus copie, et l’œuvre d’art véritable ne vit que par ces formes qui sont la moelle essentielle d’où elle est née.

Les impressionnistes se sont illusionnés. Naturalisme ? À quoi donc cela correspond-il ? Ne venons-nous pas de voir que l’interprétation est toujours nécessaire, indispensable et que l’artiste interprète toujours, même contre son gré. Le naturalisme est-ce donc trompe-l’œil ? Non, les réalisations terre à terre sont rebutantes, odieuses, parce qu’elles ne cherchent qu’un réalisme absurde qui restera toujours inférieur à ce que nous apercevons dans les réalités que nous côtoyons à chaque moment. 

Exposition au salon de la SNA en 1914

01/01/1914

Fantaisie (exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1914)

Exposition au salon de la SNA en 1913

01/01/1913

 Danse (exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1913) 

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